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ALERTE MERCURE AU MANDE: MOBILISATION EFFICACE.

Mardi 13 mars 2012

Une sérieuse mobilisation a immédiatement suivi l’alerte « Comme le serpent…»  que nous lancions fin Novembre pour un contrôle strict de l’extraction de l’or dans la fleuve Niger au Mandé: il fallait stopper tout de suite l’utilisation massive du mercure.
Nous avons relaté les interventions au fur et à mesure, qui témoignaient d’une réelle volonté d’agir, tant au niveau de la population et des autorités traditionnelles qu’à celui des autorités de l’Etat Malien représenté par le Préfet Diabate dans le Cercle de Kangaba.

Une récente visite sur place nous a permis de confirmer la rapide modification des systèmes de production: les dragues utilisant le mercure font maintenant appel à des groupes de femmes (notamment dans la population somono du fleuve) pour laver le sable et trier l’or en paillettes « à la battée»  sans mercure.
Donc du travail pour la population, sans danger de pollution massive.

Le Préfet Diabaté est très actif sur ce problème: il va réunir à Kangaba, avec l’aide des maires et des chefs de village de la zone tous les propriétaires exploitants de dragues, pour une information sur les dangers du mercure, la réglementation de l’exploitation de l’or par dragage du fleuve et les contrôles et sanctions qui seront mis en place par les autorités.
Nul doute que les différents ministères concernés soient associés à cette action.

Merci à chacun d’avoir agi fort au Mandé et de persévérer attentivement pour le futur des enfants.
On peut espérer maintenant.

KelaMichel

Mandenkaw ka sebe mara yoro: la bibliothèque tam-tam…

Lundi 30 janvier 2012

On peut s’étonner que le livre semble souvent très loin des articles que nous publions ici: chacun des sujets simplement évoqués est pourtant un bébé de la Bibliothèque du Mandé à Kela.

Car une bibliothèque, partout, est une porte ouverte sur la vie, toujours bien au-delà des images traditionnelles de Culture et de Connaissance.
Le vrai nom de la Bibliothèque du Mandé est malinké, et on dit MANDENKAW KA SEBE MARA YORO.
Cette simple affirmation, et la décision originelle de faire de cette bibliothèque un medium pour dire et écouter le Mandé, posent clairement la démarche engagée depuis l’an 2000.

Les livres sont à Kela, venus de partout et qui traitent des sujets les plus divers dans toutes les langues.
Kela est au centre du Mandé depuis plus de 1000 ans sans doute et les griots ont porté leur connaissance du Mandé et de son Histoire très loin. Leur place est donc au centre du jeu, pour les récits du passé comme pour ce qui fabrique chaque jour l’Histoire de demain.
La bibliothèque est là pour appuyer cette fonction sociale essentielle, sans aucune fausse pudeur mais toujours dans le respect des hommes et des enfants qui sont nés là.

Ainsi, peu à peu, malinké de loin, on approche KELAMALI.COM depuis les USA, le CANADA, l’EUROPE ou la CHINE, pour connaitre plus vite les nouvelles du village, obtenir un contact perdu avec la famille au Mandé, agir si possible: un KEITA du Canada appuya ainsi fortement, à sa manière très efficace, l’action que nous avons engagée fin Novembre pour chasser le MERCURE mortel de notre Fleuve…

Loin de nous l’idée de prendre une place ou de déranger l’ordre qui fait la force du Mandé.

Notre TAM-TAM (disons TABALE) est simplement au service de tous.

KelaMichel

Au clair de la Lune…Calendriers et dictionnaire.

Samedi 28 janvier 2012

On sait comment chaque malien est attentif à la rigoureuse précision de SON heure: « Quinze heure et dix-sept minutes précisément» …par exemple: aucune contestation n’est admise.La justification de cette minutie règlerait l’heure de prier si l’on ignorait la très large plage de tolérance acceptée après l’appel du muezzin.
Il s’agit plus vraisemblablement d’une simple question de prestige personnel, régulièrement battue en brèche par le chaos -nous connaissons aussi en Occident- de rendez-vous systématiquement très approximatifs.

Au delà des simples manies minutées par nos amis africains, la vénération pour le calendrier (qui fait l’objet d’une chasse effrénée chaque Janvier) et le prestige dont on pare ici le dictionnaire marquent la vie quotidienne et les ambitions vocabulaires d’une opacité spectaculaire.

Ici la Lune (kalo) construit le Temps qui, ailleurs, suit le Soleil (tele).

Le calendrier d’abord, ou plutôt « les»  calendriers puisque la même affiche cartonnée associe dans son redoutable panthéon le comput musulman et le calendrier grégorien qu’elle juxtapose assez joyeusement: les mois et les jours de la vie quotidienne s’enchevêtrent donc systématiquement de « farafin kalo»  à « toubabou kalo» , et celui qui vous programme impérativement le 17 du mois prochain n’indique pas toujours le comput de référence.
Cet instrument majestueux, qui doit règler le temps qui vient et organiser un peu le vivre-ensemble, installe ainsi pour chacun un questionnement souvent problématique: mais toujours celui qui n’a pas gagné SON calendrier en début d’année se sentirait sans doute humilié s’il devait avouer la faute qui l’accable pour 12 mois désormais…

Chaque jour, d’ailleurs, l’apparition de la lune engage « le Blanc»  dans une grande confusion, puisque AUJOURD’HUI (bi) traditionnel débute dès le coucher du soleil: donc à l’heure du repas du soir (après la prière fitiri) on annonce « ce matin»  pour la matinée qui viendra au lever du soleil!
Et le DEMAIN (sini) renvoie dès lors à notre après-demain… Ne vous énervez donc pas d’un rendez-vous d’artisan que vous attendrez par erreur au lever du soleil.

Pour le dictionnaire, il suffit de dire qu’il est vénéré comme le Saint-Sacrement, et classe son propriétaire dans les savants incontestables.
Ainsi, dès l’Ecole Fondamentale, on se met en chasse du Livre; avant même de connaitre vraiment l’alphabet ni, à plus forte raison l’orthographe ni les étymologies indispensables à qui veut feuilleter efficacement ce monstre de mots.
Rares sont pourtant les diplômés d’Etudes Supérieures qui savent en Occident utiliser vraiment cet outil très utile, au point que les ordinateurs du monde entier affichent utilement un opus « DICTIONNAIRE»  dont les automatismes imparables dispensent l’utilisateur d’Internet de manipulations interminables du papier imprimé.

Il serait humiliant, et sans doute très préjudiciable au développement de la pittoresque et lucrative FRANCOPHONIE, d’alerter le solliciteur africain sur la nécessité d’apprendre beaucoup et de tout savoir avant de prétendre faire du fameux dictionnaire un ami exigeant.

Le signal d’un danger n’est pourtant jamais inutile aux libertés responsables de chacun.
Courage donc « toubabou»  pour bien vivre nos calendriers, et un peu de prudence « farafi»  dès que tu as enfin TON dictionnaire!

Et bienvenue au Mali, à Kela et à la Bibliothèque du Mandé: ici, très loin du Petit Larousse, on dit « Bibliothèque du Mandé»  MANDENKAW KA SEBE MARA YORO, comme « kalo»  dit en même temps la Lune et le Mois.

KelaMichel

KURUKAN FUGA: RESPECT.

Mercredi 18 janvier 2012

La Charte des Chasseurs du Mande, souvent évoquée, est sans doute bien antérieure à l’installation du mansa Sunjata Keita au XIII° siècle.

La construction d’une morale publique au Mandé fut reprise et développée en système de Droit Public lors de l’assemblée de Kurukan Fuga et fait référence partout jusqu’à nos jours.
KURKAN FUGA, c’est ainsi la réunion de Kangaba où, en rappel des règles immémoriales de la DONSOYA, Sunjata réunit tous ses alliés victorieux de Sumaworo Kante à la bataille de Kirina pour fixer l’équilibre de la société malinké: griots, forgerons, nobles, marabouts…
Chacun son nom de famille(JAMU) pour une place précise dans la société.
Cet équilibre est encore très actif aujourd’hui.

Nous reproduisons ici d’abord laCHARTE DES CHASSEURS, en soutien à l’alerte engagée pour la protection du fleuve Niger dans sa haute-vallée malinké. Cette retranscription du MANDEN KALIKANa été établie par le linguiste français Gérard Galtier, en accord avec Youssouf Tata Cisse.
Cette version recueillie autour de Kangaba (Kela? Kirina?) et publiée en 2003, utilise une graphie dite par G.G. « trans-mandingue» …

Ainsi l’article 4 de la Charte établit clairement le devoir de garde et de protection des terres et des hommes, et justifie l’effort impératif de chacun au Mandé pour sauvegarder hommes, animaux et plantes du Mandé contre la folie archaïque de l’or qui menace aujourd’hui le Fleuve.

TEXTE EN MANINKAKAN
transcription en Français

Donsolu ko:
Ko bèè k’i jaan to i faso la;
Ko n’i no a mèn ko faso, n’o ye jamana di,
Ko mogolu ko don,
Ko ni mogo banna jamana wo jamana ko kan,
Ko o jamana wo dugukolo yyèrè be nyanafin.

Les enfants de Sanéné et Kontron déclarent:
Que chacun veille sur la terre de ses pères.
Par patrie, pays, ou terre des pères,
Il faut entendre aussi et surtout les hommes:
Car tout pays, toute terre qui verrait les
Hommes disparaitre de sa surface
Connaitrait le déclin et la désolation.

L’ARTICLE 42 DE LA CHARTE DE KURUKAN FUGA (Charte du Mandé) établie sous l’autorité de Sunjata évoquait aussi, à date reconnue vers 1236, le respect dû à la brousse (c’est à dire la Nature sous toutes ses formes vivantes) et le devoir pour chacun de protéger et de défendre « notre bien le plus précieux» : rien de vivant sans le Fleuve…

Maintenant, il faut vite alerter nos frères malinkés de Guinée sur les risques que le mercure a installé aussi chez eux et propage en aval sur le fleuve au Mali: les dragues qui sont nombreuses en amont de Julafundo à utiliser le mercure (et non celles qui lavent l’or « à la battée» ) doivent également sortir du fleuve, comme cela est engagé au Mali. C’est le même fleuve vivant en Guinée et au Mali, et la Convention Internationale qui règlemente le Parc National de Guinée doit y être strictement appliquée.

Oui, vivant sous toutes ses formes, le Fleuve est le sang et le bien le plus précieux des malinkés.

KelaMichel