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Au clair de la Lune…Calendriers et dictionnaire.

Samedi 28 janvier 2012

On sait comment chaque malien est attentif à la rigoureuse précision de SON heure: « Quinze heure et dix-sept minutes précisément» …par exemple: aucune contestation n’est admise.La justification de cette minutie règlerait l’heure de prier si l’on ignorait la très large plage de tolérance acceptée après l’appel du muezzin.
Il s’agit donc probablement d’une simple question de prestige personnel, régulièrement battue en brèche par le chaos -nous connaissons aussi en Occident- de rendez-vous systématiquement très approximatifs.

Au delà des simples manies minutées par nos amis africains, la vénération pour le calendrier (qui fait l’objet d’une chasse effrénée chaque Janvier) et le prestige dont on pare ici le dictionnaire marquent la vie quotidienne et les ambitions vocabulaires d’une opacité spectaculaire.

Ici la Lune (kalo) construit le Temps qui, ailleurs, suit le Soleil (tele).

Le calendrier d’abord, ou plutôt « les»  calendriers puisque la même affiche cartonnée associe dans son redoutable panthéon le comput musulman et le calendrier grégorien qu’elle juxtapose assez joyeusement: les mois et les jours de la vie quotidienne s’enchevêtrent donc systématiquement de « farafin kalo»  à « toubabou kalo» , et celui qui vous programme impérativement le 17 du mois prochain n’indique pas toujours le comput de référence.
Cet instrument majestueux, qui doit règler le temps qui vient et organiser un peu le vivre-ensemble, installe ainsi pour chacun un questionnement souvent problématique: mais toujours celui qui n’a pas gagné SON calendrier en début d’année se sentirait sans doute humilié s’il devait avouer la faute qui l’accable pour 12 mois désormais…
Chaque jour, d’ailleurs, l’apparition de la lune engage « le Blanc»  dans une grande confusion, puisque AUJOURD’HUI (bi) traditionnel débute dès le coucher du soleil: donc à l’heure du repas du soir (après la prière fitiri) on annonce « ce matin»  pour la matinée qui viendra au lever du soleil!
Et le DEMAIN (sini) renvoie dès lors à notre après-demain… Ne vous énervez donc pas d’un rendez-vous d’artisan que vous attendrez par erreur au lever du soleil.

Pour le dictionnaire, il suffit de dire qu’il est vénéré comme le Saint-Sacrement, et classe son propriétaire dans les savants incontestables.
Ainsi, dès l’Ecole Fondamentale, on se met en chasse du Livre; avant même de connaitre vraiment l’alphabet ni, à plus forte raison l’orthographe ni les étymologies indispensables à qui veut feuilleter efficacement ce monstre de mots.
Rares sont pourtant les diplômés d’Etudes Supérieures qui savent en Occident utiliser vraiment cet outil très utile, au point que les ordinateurs du monde entier affichent utilement un opus « DICTIONNAIRE»  dont les automatismes imparables dispensent l’utilisateur d’Internet de manipulations interminables du papier imprimé.

Il serait pourtant humiliant, et sans doute très préjudiciable au développement de la pittoresque et lucrative FRANCOPHONIE, d’alerter le solliciteur africain sur la nécessité d’apprendre beaucoup et de tout savoir avant de prétendre faire du fameux dictionnaire un ami exigeant.

Le signal d’un danger n’est jamais inutile aux libertés responsables de chacun.
Courage donc « toubabou»  pour bien vivre nos calendriers, et un peu de prudence « farafi»  dès que tu as enfin TON dictionnaire!

Et bienvenue au Mali, à Kela et à la Bibliothèque du Mandé: ici, très loin du Petit Larousse, on dit « Bibliothèque du Mandé»  MANDENKAW KA SEBE MARA YORO, comme « kalo»  dit en même temps la Lune et le Mois.

KelaMichel

MANDENKAW KA SEBE MARA YORO

Mercredi 4 mars 2009

Les francophones disent « Bibliothèque du Mandé» , les anglophones « Manden Library»  et nous ignorons les mots chinois pour dire les livres qui sont à Kela.

Ce qui est sûr, c’est que nos enfants de Kela, et tous ceux qui vivent les réalités du Mali au Mandé, à Bamako ou plus loin vers la Gambie aussi, préfèrent parler dans leur langue et connaissent  nos livres comme MANDENKAW KA SEBE MARA YORO.

La discussion sémantique est toujours ouverte, puisque SEBE signifie l’acte traditionnel d’écrire et donc, depuis les temps anciens jusqu’aujourd’hui, les sommes manuscrites qui font ailleurs la gloire du Centre Ahmed Baba à Tombouctou (Timbuctu) ou celle des magnifiques collections des bibliothèques privées de Mauritanie: faut-il dire GAFE mara yoro, c’est-à-dire indiquer la référence à l’imprimé qui ne vint que beaucoup plus tard dans nos contrées ? Nous avions posé le débat  et toutes les réponses furent catégoriques: sans bien même évoquer l’âge canonique de certains des volumes qui font la richesse aujourd’hui de la Bibliothèque de Kela (et qui datent ces imprimés d’un temps où le manuscrit seul permettait ici de dire), on nous confirma que le terme seul de SEBE était adéquat.

Voyageur, MANDENKAW KA SEBE MARA YORO est  le nom de la BIBLIOTHEQUE DU MANDE.

KelaMichel