Articles avec le tag ‘Bibliothèque du Mandé’

Modibo Diabate

Mercredi 19 octobre 2016

On m’apprend le décès du Grand Griot Modibo Diabate, décédé de la fièvre typhoïde à Bamako fin Septembre.
Allié de la famille Kamissoko par son mariage avec la fille de Mansa Kamissoko et beau-frère de mon ami Mamadouba, Modibo a tenu une place centrale dans la vie de Kela,bien au-delà du cercle des griots: une activité incessante au service de la communauté du village, des initiatives raisonnées pour maintenir la place de Kela dans la tradition du Mandé et dans la modernité des structures de l’Etat malien l’avaient installé ambassadeur respecté dans tout le pays.
Très tôt, sa pratique impeccable de la langue française et son sens de la diplomatie l’avaient placé au côté des notables plus âgés dans tous les contacts avec les visiteurs étrangers et avec les administrations maliennes.
Avec ses frères,il avait installé récemment le « Campement Fama»  sous les manguiers centenaires de sa famille, pour accueillir en sourires, paroles d’Histoire et musique, au nom de Kela: l’endroit est ainsi naturellement devenu le cadre de filmage des prestations du célèbre chanteur kelien Kasse Madi Diabate, de groupes traditionnels malinke et de MoribaDiabate, le fils de l’actuel chef des griots Dietene Madi Diabate. On peut d’ailleurs apercevoir Modibo sur les enregistrements présenté par Youtube.
Ambassadeur, diplomate et musicien, Modibo maintenait ainsi la véritable lignée des griots malinkes installée honorablement au XIII° siècle par l’empereur Sundjata Keita.

Modibo n’est plus là, mais sa trace marquera sans doute longtemps la communauté de Kela.

Michel

« QUE LA TERRE…» 

Jeudi 29 mars 2012

Yamudu Jini, au centre, accueil de Claude et Henriette Viallat

Yamudu Jini, au centre, accueil de Claude et Henriette Viallat

YAMUDU JINI, chef des griots de Kela (Kela jelikuntigi), est décédé Mercredi à Kela.

Nous l’avions salué une dernière fois à Sebenicoro-Bamako (où il était venu faire soigner, auprès de sa femme, une grosse maladie) quelques jours avant son retour à Kela: on le savait très malade, mais sa disparition nous frappe et laisse un grand vide à BREMAN LA.

YAMUDU avait accueilli Claude et Henriette Viallat au Blon (vestibule) de la Bibliothèque du Mandé en 2009, aux côtés de l’Hadj Demba Mahdi Diabate alors chef des griots (auquel il devait succéder peu après). Ce fut un grand moment d’émotion partagée dont quelques images sont sur ce site web; ce jour là, tête nue sans son célèbre chapeau peul dont nous plaisantions souvent, YAMUDU avait laissé un moment son sourire espiègle de « bandit chef»  pour dire, au nom de l’Hadj Demba Mahdi et de la communauté des griots, l’histoire de la Bibliothèque et l’importance de la visite inespérée de Claude et Henriette en laissant échapper quelques larmes…

Ces larmes sont les nôtres aujourd’hui, celles de son fils SEYDOU DIABATE qui va porter au Kamablon Ti la récitation de l’histoire du Mandé, kumatigi (porte-parole) Diabate auprès des Keita depuis la disparition de Lansine.
Les larmes aussi de la communauté des griots de Kela (Kela Jeliya) et, plus largement, celles de tout Kela (Kela Jamana): au delà, à Kangaba, à Bamako, aux Pays-Bas, au Japon, au Cameroun et en France, on gardera longtemps le souvenir de YAMUDU JINI.

QUARANTIEME JOUR: la célébration des funérailles de Yamudu Diabate est organisée pour le week-end du 28 Avril prochain, à Kela.

« Que la terre lui soit légère» 

KelaMichel

Mandenkaw ka sebe mara yoro: la bibliothèque tam-tam…

Lundi 30 janvier 2012

On peut s’étonner que le livre semble souvent très loin des articles que nous publions ici: chacun des sujets simplement évoqués est pourtant un bébé de la Bibliothèque du Mandé à Kela.

Car une bibliothèque, partout, est une porte ouverte sur la vie, toujours bien au-delà des images traditionnelles de Culture et de Connaissance.
Le vrai nom de la Bibliothèque du Mandé est malinké, et on dit MANDENKAW KA SEBE MARA YORO.
Cette simple affirmation, et la décision originelle de faire de cette bibliothèque un medium pour dire et écouter le Mandé, posent clairement la démarche engagée depuis l’an 2000.

Les livres sont à Kela, venus de partout et qui traitent des sujets les plus divers dans toutes les langues.
Kela est au centre du Mandé depuis plus de 1000 ans sans doute et les griots ont porté leur connaissance du Mandé et de son Histoire très loin. Leur place est donc au centre du jeu, pour les récits du passé comme pour ce qui fabrique chaque jour l’Histoire de demain.
La bibliothèque est là pour appuyer cette fonction sociale essentielle, sans aucune fausse pudeur mais toujours dans le respect des hommes et des enfants qui sont nés là.

Ainsi, peu à peu, malinké de loin, on approche KELAMALI.COM depuis les USA, le CANADA, l’EUROPE ou la CHINE, pour connaitre plus vite les nouvelles du village, obtenir un contact perdu avec la famille au Mandé, agir si possible: un KEITA du Canada appuya ainsi fortement, à sa manière très efficace, l’action que nous avons engagée fin Novembre pour chasser le MERCURE mortel de notre Fleuve…

Loin de nous l’idée de prendre une place ou de déranger l’ordre qui fait la force du Mandé.

Notre TAM-TAM (disons TABALE) est simplement au service de tous.

KelaMichel

Oui Michel. Mais nous, les africains…

Jeudi 8 décembre 2011

Ainsi se répète inlassablement la litanie de l’échec, la rengaine humiliante de l’impossible.
On peut certes hésiter sur les destins inaccessibles, accepter dans la peur un rêve de certitudes.
Il est toujours humain de douter du possible.

Mais nos amis africains ont construit ainsi un système d’échec impitoyable pour eux-mêmes.
La célébration collective du Triangle, fatal à son époque, des traites atlantiques a verrouillé de culpabilité et de complexes le dialogue essentiel.
L’éducation bâtie par les puissants a fait le reste.

Aujourd’hui fils des diables nous, étrangers, essayons de croire aux miracles de la compassion et de l’autre côté, en face, une certitude d’impossible nourrit les « grands enfants»  autoproclamés des souffrances d’un ancêtre improbable.
Alors chaque bonne volonté nous assène en conclusion le définitif « Oui, mais nous…»  présent dans toutes les têtes comme une excuse absolutoire devant l’inaccessible convenu et la certitude des africains qu’ils ne pourront jamais rien dans cette condamnation génétique.
L’intelligence ni la construction du monde moderne n’auraient pas leur place en Afrique…

Lorsque nos amis auront écarté ces litanies convenables pour ouvrir eux-mêmes des chemins au futur, lorsque leurs traditions de la force et de l’or qui justifient en miroir nos illusions occidentales laisseront enfin place à la réalité, ces gens-là sauront enfin qu’ils sont des hommes.
Car aujourd’hui aucune des évidentes réussites qui contrarient le dogme n’est acceptée en contredit: la chance seule expliquerait les atypiques pieds-de-nez au Destin de quelques insolents à tête noire, et le Dieu penchera ainsi, s’il veut, son regard sur l’interlocuteur résigné qui a choisi devant nous d’être incapable à vie.
Ce scandale commode offre de part et d’autre un confort avantageux, soigneusement entretenu par les rancunes d’usage.

L’humain ne trouve pas sa place dans ce système d’échec.

Ici pourtant le rire des enfants dit que tout est possible hors du carcan de la chance que les petits ignorent jusqu’à la puberté, et les jolies vieilles malignes partagent joyeusement avec eux le secret des certitudes existentielles qu’elles comprennent enfin.
La complicité de ceux-là efface délibérément tous les complexes et condamne les têtes baissées.

Mes amis, tout est possible pour vous, au village comme à Bamako.

Par vous, qui êtes nés ici.

KelaMichel
ON APPROCHE LE MANDE AVEC BEAUCOUP DE PATIENCE:LA BIBLIOTHEQUE DU MANDE, 12 ANS DEJA…