Oui Michel. Mais nous, les africains…

Ainsi se répète inlassablement la litanie de l’échec, la rengaine humiliante de l’impossible.
On peut certes hésiter sur les destins inaccessibles, accepter dans la peur un rêve de certitudes.
Il est toujours humain de douter du possible.

Mais nos amis africains ont construit ainsi un système d’échec impitoyable pour eux-mêmes.
La célébration collective du Triangle, fatal à son époque, des traites atlantiques a verrouillé de culpabilité et de complexes le dialogue essentiel.
L’éducation bâtie par les puissants a fait le reste.

Aujourd’hui fils des diables nous, étrangers, essayons de croire aux miracles de la compassion et de l’autre côté, en face, une certitude d’impossible nourrit les « grands enfants»  autoproclamés des souffrances d’un ancêtre improbable.
Alors chaque bonne volonté nous assène en conclusion le définitif « Oui, mais nous…»  présent dans toutes les têtes comme une excuse absolutoire devant l’inaccessible convenu et la certitude des africains qu’ils ne pourront jamais rien dans cette condamnation génétique.
L’intelligence ni la construction du monde moderne n’auraient pas leur place en Afrique…

Lorsque nos amis auront écarté ces litanies convenables pour ouvrir eux-mêmes des chemins au futur, lorsque leurs traditions de la force et de l’or qui justifient en miroir nos illusions occidentales laisseront enfin place à la réalité, ces gens-là sauront enfin qu’ils sont des hommes.
Car aujourd’hui aucune des évidentes réussites qui contrarient le dogme n’est acceptée en contredit: la chance seule expliquerait les atypiques pieds-de-nez au Destin de quelques insolents à tête noire, et le Dieu penchera ainsi, s’il veut, son regard sur l’interlocuteur résigné qui a choisi devant nous d’être incapable à vie.
Ce scandale commode offre de part et d’autre un confort avantageux, soigneusement entretenu par les rancunes d’usage.

L’humain ne trouve pas sa place dans ce système d’échec.

Ici pourtant le rire des enfants dit que tout est possible hors du carcan de la chance que les petits ignorent jusqu’à la puberté, et les jolies vieilles malignes partagent joyeusement avec eux le secret des certitudes existentielles qu’elles comprennent enfin.
La complicité de ceux-là efface délibérément tous les complexes et condamne les têtes baissées.

Mes amis, tout est possible pour vous, au village comme à Bamako.

Par vous, qui êtes nés ici.

KelaMichel
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